“Au final il faudra forcément traverser la porte de la peur suprême” (Manlio Sgalambro, Fleur Jaeggy)
Si tu fais bien attention, tu pourras remarquer que ta vie est une fuite continuelle de quelque chose que tu ne pourras jamais éviter.
Puisque tout le monde fuit cette chose-là, il faut vraiment faire très attention pour arriver à te rendre compte que tu es en train de fuir désespérément et que toute l’humanité est une espèce en fuite. Il s’agit bien d’une fuite désespérée parce que c’est impossible de s’échapper. Pourtant cela n’empêche l’éventuelle déprimante illusion de pouvoir s’échapper.
Tu peux fuir de plusieurs manières, en voyageant en première classe, ou en seconde ou troisième, mais ce sera une fuite désespérée, dont la fin est inévitable pour tout le monde.
Qu’est-ce que tu fuis ?
Tu fuis ce qui te fait peur, tellement peur que tu as passé toute ta vie depuis des générations à le fuir, jusqu’à ne plus savoir de quoi il s’agit. La fuite n’en est plus une, mais elle est devenue la réalité, la vie humaine ordinaire. Et c’est la seule manière pour oublier la fuite et ce qu’on fuit.
Qu’est-ce que tu fuis ?
Tu fuis une expérience de pure terreur, de peur suprême.
Je suis désolé de gâcher l’ambiance, j’aimerais pouvoir utiliser des mots rassurants et lumineux, mais nous rentrons en ce moment dans le cycle du Scorpion, et même avec toute la bonne volonté que j’y mets d’habitude, je ne peux pas être de bonne humeur pendant cette période.
Tu es en train de fuir, on est en train de fuir une expérience affreuse. Les choses de ta vie qui d’habitude te font peur et te rendent malheureux ne sont qu’un pâle reflet de la peur que tu vas éprouver quand tu ne pourras plus t’échapper, quand tu seras en face à ce que tu as fui, et quand cette chose aura gagné sur toi.
Qu’est-ce-que c’est que cette expérience horrible ?
Il est impossible de la décrire avec les langages humains, qui ont été créeés afin de fuir cette expérience.
Quand cette expérience arrive, tu te mues à l’intérieur et à l’extérieur, tu n’es plus en mesure de parler, de penser, car toutes tes pensées et paroles n’étaient qu’une fuite de cette expérience. Tu ne peux même plus bouger, car tous tes mouvements et tes actions ont été une fuite de cette expérience. Lorsque cela arrive, tu comprends que jusqu’à ce jour tu as fui ce qui te faisait peur et que d’ici là tu ne pourras plus fuir ta peur. La peur et l’effroi auront gagné.
Quel scénario dévastateur !
Attention, celle-ci n’est pas une prédiction apocalyptique. Je parle là de quelque chose qui existe depuis que l’espèce humaine est sur terre. Au contraire, l’espèce humaine existe en vertu de cette chose-là, même si elle ne veut pas la reconnaître ni l’accepter, même si elle la fuit, même si cette chose gagne toujours du début à la fin.
Il existe deux mots dans le langage humain pour donner une description corrompue de cette expérience et, puisque le langage humain a été inventé pour fuir la peur de cette expérience, il s’agit de mots en fuite. Ces mots sont :
SEXE et MORT
J’entends par là l’expérience pure de ces mots qui va au-delà des mots mêmes, au-delà de toute pensée, intellectualisation et description qu’on pourrait associer à cette expérience. Je parle des émotions les plus intenses que provoquent ces mots.
Au-delà du sexe et de la mort tu trouveras ce que tu fuis, qui est en même temps la chose qui t’attire le plus dans ton intimité, car c’est ce qui donne un sens à l’existence de ta propre âme. Pour te réconforter et de donner un bonbon spirituel je peux te dire que ce que tu fuis est l’extase suprême, le sommet de la fusion avec le tout, etc. Mais ce ne sont que des mots, et ce qui compte ici est la réalité de la fin de la fuite et de sa peur suprême.
Ce travail est dédié donc à cette peur suprême, à sa reconnaissance, à son acceptation, à la conscience de sa nature et à la transformation de la vie humaine pour qu’elle avance en conscience à la rencontre de cette peur au lieu de la fuir.
Franco Santoro
Ce qui existe ce qui existera
Ce que nous avons été
Et ce qui existera quand même
Tout se fondra
Dans l’apparence du réel
Dans le royaume physique et dans le royaume astral
Tout se fondra
Sur les falaises je fixais la mer
Qui blanchissait dans l’obscurité
Tout se fondra (Manlio Sgalambro, Fleur Jaeggy)